Le moins que l’on puisse dire, c’est que les œuvres de la sétoise Gomar ne ressemblent à aucune autre. Loin d’un graphisme en vogue ou d’esthétiques que l’on a l’habitude de voir de nos jours, la jeune artiste s’affirme avec maturité et audace dans l’exercice de la peinture. Que vous aimiez ou non, il faut lui reconnaître une certaine vision artistique et une véritable signature. Précocement attirée par la discipline, son imaginaire se façonne grâce à des figures telles que Klint et Schiele. Ses personnages aux traits marqués et aux airs peu réjouissants sont tout autant d’expressions auxquelles on ne peut rester insensible. Leurs apparences contrastent avec une douceur remarquable dans des couleurs souvent incarnat, chair, marrons, rouges ou sépia. Si la couleur n’est pas ici synonyme de contrainte, ce sont plutôt les humains, leurs expériences et leurs passions tristes qui circonscrivent l’axe de recherche de Gomar. À travers ses peintures, on décèle des tranches de vie mais on devine aussi la personnalité de l’artiste, une détermination rare et une sensibilité toute particulière. Elle mérite plus qu’un simple coup d’œil. On lui promet un bel avenir.
Quand as-tu commencé la peinture ? Et comment t'es venue l'envie de peindre ?
Tout a commencé pendant le confinement. Au départ, je me limitais au dessin, je réalisais des portraits à la craie en utilisant le matériel de ma grand-mère, qui était peintre. C'était une façon de rester connectée à mes proches. Le passage à la peinture s'est fait naturellement quelques mois plus tard, suite à un déménagement dans une ville où je ne connaissais personne. Face à l'ennui, j'ai troqué mes craies pour un pack d'acrylique et des pinceaux premier prix.
Le premier coup de pinceau a été une révélation. En deux jours, j'ai peint cinq tableaux, oubliant même de manger. J'en rêvais la nuit. C'était comme si je venais de retrouver une part de moi qui m'avait manqué toute ma vie, sans même que je le sache.
D'où tires-tu ton inspiration ?
Mon inspiration puise sa source dans la figure féminine et l'indicible, ce que le corps exprime quand les mots font défaut. Au début, mes toiles étaient des autoportraits inconscients. Je vivais une période de transition majeure et la peinture accompagnait cette mue en représentant celle que j'étais, celle que je devenais et celle que j'aspirais à être. Aujourd'hui, je suis inspirée par la femme sous toutes ses formes. Je m'éloigne des représentations lisses et clichées pour explorer des corps nus, tordus ou marqués, mais toujours bruyants de vérité. Mon travail est une exploration des sentiments et vécus à travers le corps et ses postures.
Si tu devais définir ton univers en 3 mots, lesquels choisirais-tu ?
Émotions, Liens, Intime.
Pourquoi le corps humain est-il central dans ton travail ?
Parce que le corps est le seul langage capable de hurler des émotions que l'on ne sait pas nommer. J'explore ce que j'appelle les « corps bruyants et inextinguibles ». Mon but est de capturer l'intimité brute et le mouvement là où les mots échouent. Un muscle tendu, une posture affaissée ou un regard en disent parfois bien plus qu'un long discours.
Comment te vois-tu évoluer dans les prochaines années ? Quels sont tes prochains projets ?
Depuis que la peinture m'a trouvée, elle est devenue indissociable de ma vie. Je me vois continuer à exposer et à expérimenter. J'ai pour ambition d'explorer de nouveaux médium et d'élargir mon art.
J'ai d'ailleurs récemment lancé mon site internet (gomartwork.com) où je propose, en plus de mes prints et posters, une collection de vêtements style streetwear, pour pouvoir investir mon art autrement. Donc continuer à développer la marque, faire évoluer les designs et les collections.
J'investis aussi de plus en plus l'espace public. Je fais de plus en plus de wheatpasting (collage de rue), notamment dans le quartier de l'Écusson à Montpellier. J'ai d'ailleurs pour projet de réaliser des collages à plus grande échelle et d'organiser des chasses au trésor autour de ces œuvres urbaines pour créer une interaction ludique avec les passants et ma communauté. Il faut me suivre pour rester informer ! Je partagerais tout sur mon site et sur Instagram le temps voulu.
Côté atelier, je travaille sur une nouvelle collection entamée il y a un an : elle explore davantage la douceur et la notion de duo, d'amour et de liens forts. Une fois ce chapitre clos, j'aimerais exporter mon travail à l'étranger pour confronter mon univers à d'autres cultures et voir comment mes « corps » résonnent ailleurs.
Si quelqu'un découvre ton travail pour la première fois, qu'aimerais-tu qu'il ressente immédiatement ?
C'est une question que l'on me pose souvent, presque comme une attente de mode d'emploi : 'Qu'est-ce que je suis censé voir ici ?' Pour moi, l'art n'est pas une leçon de choses, c'est une rencontre. Je refuse de guider le spectateur ou de lui imposer une grille de lecture, car cela reviendrait à lui voler son propre ressenti. Je tiens à ce que chacun conserve une liberté totale face à la toile. Le tableau ne doit pas être figé par mon intention initiale, il doit continuer de vivre et de muter à travers l'œil de celui qui le regarde, en résonance avec sa propre histoire, ses blessures ou ses besoins du moment.
C'est précisément pour cette raison que je choisis des titres neutres. Je ne veux pas donner de direction, ni de 'clé' d'interprétation. Je préfère offrir un espace de projection pur, un silence visuel où le spectateur est seul juge de ce qui émerge. Mon rôle s'arrête au dernier coup de pinceau, après ça, l'œuvre appartient entièrement à celui qui la contemple.
Quelle est ton œuvre préférée et pourquoi ?
C'est la question la plus difficile ! Mais si je dois choisir, je dirais Politique de l'autruche. C'est l'une de mes rares œuvres nées d'une intention précise et immédiate. Ce n'est pas mon œuvre la plus 'confortable' émotionnellement, mais c'est sans doute la plus honnête. C'est celle qui crit le plus fort pour moi. Tout y est bruyant : les couleurs, les regards, les corps. Je préfère ne pas trop en dire pour ne pas biaiser la rencontre entre ce tableau et ceux qui le découvriront. Mais je vous invite à découvrir tous ces corps et toutes ses émotions à travers ma peinture, et à pourquoi pas, vous y retrouver, un peu ou beaucoup.

